Original anglais : On Anatta (No-Self), Emptiness, Maha and Ordinariness, and Spontaneous Perfection
À voir aussi : Les sept étapes de l’Éveil selon Thusness/PasserBy
Vidéos/audios apparentés de John Tan : Vidéos YouTube et audios de John Tan : Union de la coproduction conditionnée et de la vacuité
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À voir aussi :
Two Types of Nondual Contemplation after I AM
+A and -A Emptiness
Vidéos YouTube et audios de John Tan : Union de la coproduction conditionnée et de la vacuité
(Dernière mise à jour : 14 mars 2009)
Article écrit par : Thusness/PasserBy
Je ne sais trop pourquoi, mais ces derniers temps le sujet d’anatta revient sans cesse sur les forums. Peut-être que le « yuan » (condition) s’est présenté. -:) Je vais simplement noter quelques pensées à partir de mes expériences du « non-soi ». Un partage informel, rien d’autoritatif.
Les deux strophes ci-dessous ont été décisives pour me conduire à l’expérience directe du non-soi. Bien qu’elles semblent communiquer la même chose au sujet d’anatta, méditer sur ces deux strophes peut donner lieu à deux aperçus expérientiels très différents : l’un portant sur l’aspect de vacuité, l’autre sur l’aspect de luminosité non duelle. Les aperçus qui surgissent de ces expériences sont très éclairants, car ils contredisent tellement notre compréhension ordinaire de ce qu’est la conscience.
Il y a pensée, pas de penseur
Il y a audition, pas d’auditeur
Il y a le voir, pas de voyant
Dans la pensée, seulement les pensées
Dans l’audition, seulement les sons
Dans le voir, seulement les formes, les silhouettes et les couleurs.
Avant d’aller plus loin, il est d’une importance absolue de savoir qu’il n’y a aucun moyen de comprendre correctement ces strophes par inférence, déduction logique ou induction. Non pas qu’elles aient quelque chose de mystique ou de transcendantal, mais simplement parce que le bavardage mental est une « mauvaise approche ». La bonne technique passe par la « vipassana » ou par un mode d’observation plus direct, attentif et dépouillé, permettant de voir les choses telles qu’elles sont. Simple note informelle : ce mode de connaissance devient naturel lorsque l’aperçu non duel mûrit ; avant cela, il peut demander pas mal d’« effort ».
Sur la première strophe
Les deux expériences les plus évidentes issues de ce premier aperçu de la première strophe sont l’absence d’agentivité et l’aperçu direct de l’absence d’un agent. Ces deux expériences sont essentielles pour ma phase 5 des sept phases d’aperçus.
1. L’absence d’agentivité qui relie et coordonne les expériences.
Sans le « je » qui relie, les phénomènes (pensées, sons, sensations, et ainsi de suite) apparaissent comme des bulles, flottant et se manifestant librement, spontanément et sans limites. Avec l’absence d’agentivité vient aussi un profond sentiment de liberté et de transparence. Aussi paradoxal que cela puisse sembler, c’est vrai expérientiellement. Nous n’aurons pas la compréhension correcte tant que nous tenons trop fermement à la vue « inhérente ». Il est étonnant de voir comment cette vue « inhérente » nous empêche de voir la liberté comme absence d’agentivité, interdépendance et interconnexion, luminosité et Présence non duelle.
2. L’aperçu direct de l’absence d’un agent.
Dans ce cas, il y a une reconnaissance directe qu’il n’y a « pas d’agent ». Simplement une pensée, puis une autre pensée. Ainsi, c’est toujours la pensée qui regarde la pensée plutôt qu’un observateur qui regarde la pensée. Toutefois, le cœur de cette réalisation penche vers une expérience spontanément libératrice et un aperçu vague de la nature vide des phénomènes : les phénomènes transitoires étant semblables à des bulles et éphémères, sans rien de substantiel ni de solide. À ce stade, nous ne devrions pas nous méprendre en croyant avoir expérimenté à fond la nature « vide » des phénomènes et de la conscience, même si la tentation existe de le penser. -:)
Selon les conditions propres à chaque individu, il peut ne pas être évident que c’est « toujours la pensée qui regarde la pensée plutôt qu’un observateur qui regarde la pensée » ou que « l’observateur est cette pensée ». Parce que c’est l’aperçu clé, et une étape où l’on ne peut se permettre de se tromper sur la voie de la libération, je ne peux m’empêcher de dire, d’un ton quelque peu irrespectueux :
Pour ces maîtres qui ont enseigné :
« Laissez les pensées surgir et se résorber,
voyez le miroir d’arrière-plan comme parfait et demeurez non affecté. »
Avec tout le respect dû, ils ont simplement « blablaté » quelque chose de joli mais d’illusoire.
Plutôt :
Voyez qu’il n’y a personne derrière les pensées.
D’abord une pensée, puis une autre pensée.
Avec l’approfondissement de l’aperçu, il sera ensuite révélé :
Toujours seulement ceci, Une Pensée !
Non-produite, lumineuse et pourtant vide !
Et tel est tout le but d’anatta : voir complètement à travers le fait que cet arrière-plan n’existe pas en réalité. Ce qui existe, c’est un flux, une action ou du karma. Il n’y a pas de faiseur ni rien qui soit fait ; il n’y a que le faire. Pas de méditant ni de méditation, seulement méditer. Du point de vue du lâcher-prise, « un observateur regardant la pensée » donnera l’impression qu’un observateur permet aux pensées de surgir et de se résorber tout en restant lui-même non affecté. C’est une illusion ; c’est une « prise » déguisée en « lâcher-prise ». Quand nous réalisons qu’il n’y a pas d’arrière-plan dès le départ, la réalité se présente elle-même comme un seul et entier lâcher-prise. Avec la pratique, l’« intention » décroît à mesure que l’aperçu mûrit, et le « faire » sera graduellement expérimenté comme un simple événement spontané, comme si l’univers faisait le travail. Avec quelques indications issues de la « coproduction conditionnée », nous pouvons alors pénétrer plus loin et voir cet événement comme l’expression pure de tout interagissant avec tout et venant à l’être. En fait, si nous ne réifions pas « l’univers », c’est simplement cela : une expression de production interdépendante qui est parfaitement juste là où et au moment où cela se manifeste.
Comprenant cela, la pratique consiste simplement à s’ouvrir à ce qui est.
Car ce simple événement est parfaitement juste là où et au moment où cela se manifeste.
Bien qu’aucun lieu ne puisse être appelé chez soi, partout est chez soi.
Lorsque l’expérience mûrit dans la pratique de la grande aisance,
L’expérience est Maha ! Grande, miraculeuse et pleine de félicité.
Dans les activités ordinaires de voir, manger et goûter,
Exprimée poétiquement, c’est comme si l’univers entier méditait.
Tout ce qui est dit et exprimé n’est en réalité que différentes saveurs,
De ce tout-de-tout qui se produit en dépendance,
Comme cet instant de scintillement vif.
À ce moment-là, il est clair que les phénomènes transitoires adviennent déjà de manière parfaite : ils défont ce qui doit être défait, manifestent ce qui doit être manifesté et se résorbent quand il est temps de partir. Il n’y a pas de problème avec cet événement transitoire ; le seul problème est d’avoir un « miroir supplémentaire », une réification due au pouvoir d’abstraction du mental. Le miroir n’est pas parfait ; c’est l’événement qui est parfait. Le miroir ne semble parfait que pour une vue dualiste et inhérente.
Notre vue inhérente et dualiste, profondément tenue, a très subtilement et sans le savoir personnifié « l’aspect lumineux » en un observateur, et a rejeté « l’aspect de vacuité » comme les phénomènes transitoires. Le défi clé de la pratique consiste donc à voir clairement que luminosité et vacuité sont une seule chose et sont inséparables ; elles n’ont jamais été séparées et ne pourront jamais l’être.
Sur la deuxième strophe
Pour la deuxième strophe, l’accent est mis sur la vivacité, la pureté immaculée des phénomènes transitoires. Pensées, sons et tout ce qui est transitoire sont indiscernables de la Conscience (Awareness). Il n’y a pas de division entre expérimentateur et expérience, seulement une unique expérience spontanée et sans discontinuité se manifestant en tant que penseur et pensées, auditeur et sons, sujet sentant et sensations, et ainsi de suite. Dans l’audition, l’auditeur et le son sont indiscernablement un. Pour quiconque connaît l’expérience « I AM », ce pur sens d’existence, cette puissante expérience de Présence qui donne le sentiment d’être si réel, est inoubliable. Lorsque l’arrière-plan a disparu, tous les phénomènes d’avant-plan se révèlent comme Présence. C’est comme être naturellement « vipassanique » tout du long, ou, pour le dire simplement, à même la conscience. Du sifflement du PC à la vibration de la rame de MRT en mouvement, jusqu’à la sensation lorsque les pieds touchent le sol, toutes ces expériences sont d’une clarté cristalline, pas moins « I AM » que « I AM ». La Présence est encore pleinement présente, rien n’est nié. -:)
La division du sujet et de l’objet n’est qu’une supposition.
Ainsi quelqu’un qui abandonne et quelque chose à abandonner sont une illusion.
Lorsque le soi devient de plus en plus transparent,
Les phénomènes deviennent pareillement de plus en plus lumineux.
Dans une transparence complète, tout événement est immaculé et vivement clair.
Évidence partout, vitalité partout !
Il sera alors évident que seule la vue dualiste profondément tenue obscurcit notre aperçu de ce fait expérientiel. Dans l’expérience réelle, il n’y a que la clarté cristalline des phénomènes qui se manifestent. En mûrissant cette expérience, le corps-esprit se dissout en simple luminosité non duelle, et tous les phénomènes sont compris expérientiellement comme la manifestation de cette Présence lumineuse non duelle : l’aperçu clé conduisant à la réalisation que « Tout est Esprit ».
Après cela, il ne faut pas être trop submergé ni revendiquer plus que nécessaire ; il faut plutôt investiguer davantage. Cette luminosité non duelle présente-t-elle une quelconque caractéristique de nature propre qui soit indépendante, immuable et permanente ? Un pratiquant peut encore rester bloqué pendant assez longtemps, solidifiant à son insu la Présence non duelle. Cela laisse des traces du « Miroir unique » décrit dans l’étape 4 des sept phases de mes aperçus. Bien que l’expérience soit non duelle, l’aperçu de la vacuité n’est pas encore là. Bien que le lien dualiste se soit suffisamment relâché, la vue « inhérente » demeure forte.
Quand le « sujet » a disparu, l’expérience devient non duelle, mais nous avons oublié l’« objet ». Lorsque la vacuité de l’objet est approfondie, nous voyons le Dharmakaya. Voyez clairement que, dans le cas d’un « sujet » pénétré en premier, il s’agit d’une simple étiquette rassemblant les cinq agrégats ; mais pour le niveau suivant à nier, c’est la Présence dont nous voyons la vacuité : non pas une étiquette, mais la Présence même, qui est de nature non duelle.
Pour les pratiquants bouddhistes sincères qui ont mûri l’aperçu non duel, ils peuvent se demander pourquoi le Bouddha aurait mis tant d’accent sur la coproduction conditionnée si la Présence non duelle était finale. L’expérience reste encore védantique, plus « Brahman » que « Sunyata ». Cette « solidité de la Présence non duelle » doit être brisée avec l’aide de la coproduction conditionnée et de la vacuité. Sachant cela, un pratiquant peut alors progresser vers la compréhension de la nature vide (produite en dépendance) de la Présence non duelle. C’est un affinage plus poussé de l’expérience d’anatta selon la première strophe.
Quant aux pratiquants de l’« I AMness », il est très courant qu’après l’aperçu non duel, ils demeurent dans la Présence non duelle. Ils trouvent leur joie dans « couper du bois, porter de l’eau » et « le printemps vient, l’herbe pousse d’elle-même ». Il n’y a pas grand-chose à souligner ; l’expérience semble effectivement finale. Espérons que le « yuan » (condition) puisse se présenter pour que ces pratiquants voient cette marque subtile qui empêche le voir.
Sur la vacuité
En lien : les vidéos et audios de John Tan sur ce thème sont rassemblés ici : Vidéos YouTube et audios de John Tan : Union de la coproduction conditionnée et de la vacuité.
Si nous observons la pensée et demandons où elle surgit, comment elle surgit, à quoi ressemble la « pensée », la « pensée » révélera que sa nature est vide : vivement présente et pourtant complètement impossible à localiser. Il est très important de ne pas inférer, penser ou conceptualiser, mais de sentir de tout notre être cette « insaisissabilité » et cette « impossibilité de localisation ». Elle semble résider « quelque part », mais il n’y a aucun moyen de la localiser. Ce n’est qu’une impression d’un quelque part « là-bas », mais jamais « là-bas ». De même, l’« ici-ité » et la « maintenant-ité » ne sont que des impressions formées par des sensations, des agrégats de causes et de conditions, rien d’intrinsèquement « là » ; elles sont également vides, comme la « soi-ité ».
Cette nature vide, insaisissable et impossible à localiser n’est pas propre à la seule « pensée ». Toutes les expériences ou sensations sont ainsi : vivement présentes et pourtant insubstantielles, insaisissables, spontanées, impossibles à localiser.
Si nous observons une fleur rouge si vive, claire et juste devant nous, la « rougeur » semble seulement « appartenir » à la fleur ; en réalité, il n’en est rien. La vision du rouge ne surgit pas chez toutes les espèces animales (les chiens ne perçoivent pas les couleurs), et la « rougeur » n’est pas non plus un attribut inhérent du mental. Si l’on nous donnait une « vision quantique » pour examiner la structure atomique, on n’y trouverait pareillement nulle part un attribut de « rougeur », seulement un espace/vide presque complet, sans formes ni silhouettes perceptibles. Quelles que soient les apparences, elles se produisent en dépendance ; elles sont donc vides de toute existence inhérente ou de tout attribut fixe, de toute silhouette, forme ou « rougeur » : simplement lumineuses et pourtant vides, de simples apparences sans existence inhérente/objective.
De même, lorsque l’on se tient devant un foyer ardent, l’ensemble du phénomène du « feu », la chaleur brûlante, toute la sensation de « chaleur » qui est si vivement présente et semble si réelle, si on l’examine, n’est pas non plus intrinsèquement « là » : elle se manifeste simplement en dépendance lorsque les conditions sont là. Il est étonnant de voir comment les vues dualistes et inhérentes ont enfermé l’expérience sans discontinuité dans une construction de qui-où-quand.
Toutes les expériences sont vides. Elles sont comme des fleurs du ciel, comme une peinture à la surface d’un étang. Il n’y a aucun moyen de désigner un moment d’expérience et de dire que ceci est « dedans » et cela « dehors ». Tout « dedans » est comme « dehors » ; pour la conscience, l’expérience sans discontinuité est tout ce qu’il y a. Ce qui importe n’est pas le miroir ou l’étang, mais ce processus de phénomène semblable à une illusion, la peinture scintillant à la surface de l’étang ; comme une illusion mais pas une illusion, comme un rêve mais pas un rêve. C’est le fondement de toutes les expériences.
Pourtant cette nature d’« insaisissabilité et d’impossibilité de localisation » n’est pas tout ; il y a aussi ce Maha, ce grand sentiment sans frontières d’« interconnexion ». Quand quelqu’un frappe une cloche, la personne, le bâton, la cloche, la vibration de l’air, les oreilles, puis l’apparition magique du son — « Tongsss… résonnant… » — tout cela est un seul événement sans discontinuité, une seule expérience. Quand on respire, c’est simplement ce souffle entier et complet ; toutes les causes et conditions se rassemblent pour donner lieu à cette sensation entière de souffle, comme si tout l’univers faisait cette respiration. La signification de cette expérience Maha n’est pas dans les mots ; à mon avis, sans cette expérience, il n’y a pas de véritable expérience de l’« interconnexion », et la Présence non duelle est incomplète.
L’expérience de notre nature vide est très différente de celle de l’unité non duelle. La « distance », par exemple, est surmontée dans l’unité non duelle en voyant à travers l’aspect illusoire de la division sujet/objet, ce qui donne une unique Présence non duelle. C’est voir tout comme n’étant que « Ceci », mais l’expérience de la vacuité brise la limite par sa nature vide, insaisissable et impossible à localiser.
Il n’y a pas besoin d’un « lieu-où », d’un « temps-quand » ou d’un « moi-qui » lorsque nous pénétrons profondément cette nature. Lorsqu’on entend un son, le son n’est ni « ici dedans » ni « là dehors » ; il est là où il est, puis il a disparu ! Tous les centres et points de référence se dissolvent avec la sagesse que la manifestation se produit en dépendance et est donc vide. L’expérience crée une sensation de « toujours juste, là où et au moment où cela se manifeste ». Une sensation d’être chez soi partout, bien qu’aucun lieu ne puisse être appelé chez soi. En expérimentant la nature vide de la Présence, un pratiquant sincère comprend clairement qu’en effet la Présence non duelle laisse une marque subtile ; en voyant sa nature comme vide, la dernière marque qui solidifie les expériences se dissout. Cela donne une fraîcheur, parce que la Présence devient plus présente et sans effort. Nous passons alors de la « Présence non duelle vive » à « bien que vivement et non duellement présente, elle n’a rien de réel : elle est vide ! ».
Sur Maha et l’ordinaire
L’expérience de Maha peut donner l’impression que l’on recherche un certain type d’expérience, et sembler contredire l’« ordinarité de l’éveil » promue dans le bouddhisme zen. Ce n’est pas vrai ; en fait, sans cette expérience, le non-duel est incomplet. Cette section ne traite pas de Maha comme d’une étape à atteindre, mais vise à voir que Sunyata est Maha par nature. Dans Maha, on ne sent pas le soi ; on « sent » l’univers. On ne sent pas « Brahman », mais on sent l’« interconnexion » ; on ne sent pas une « impuissance » due à la « dépendance et l’interconnexion », mais quelque chose de grand, sans frontière, spontané et merveilleux. Revenons maintenant à l’« ordinaire ».
L’ordinaire a toujours été le point fort du taoïsme. Dans le zen, nous voyons aussi son importance représentée dans des modèles d’éveil comme les cinq rangs de Tozan et Les dix images du dressage du bœuf. Mais l’ordinaire doit seulement être compris ainsi : le monde non duel et Maha de l’ainsité n’est rien d’au-delà. Il n’y a aucun royaume au-delà où arriver, ni jamais un état séparé de notre monde quotidien ordinaire ; il s’agit plutôt d’introduire cette expérience primordiale, originelle et non souillée du non-duel et de Maha dans les activités les plus banales. Si cette expérience n’est pas trouvée dans les activités les plus banales et ordinaires, alors les pratiquants n’ont pas mûri leur compréhension et leur pratique.
Avant cela, l’expérience Maha avait toujours été une occurrence rare dans l’état naturel et était traitée comme une expérience passagère qui va et vient. Induire l’expérience implique souvent de se concentrer sur l’accomplissement répété d’une tâche pendant une courte période, par exemple :
Si nous inspirons et expirons, encore et encore… jusqu’à ce qu’il y ait simplement cette sensation entière de souffle, seulement le souffle comme toutes les causes et conditions entrant dans cet instant de manifestation.
Si nous nous concentrons sur la sensation du pas, la sensation de dureté, seulement la sensation de dureté, jusqu’à ce qu’il y ait simplement cette sensation entière de « dureté » lorsque le pied touche le sol, seulement cette « dureté » comme toutes les causes et conditions entrant dans cet instant de manifestation.
Si nous nous concentrons sur le fait d’entendre quelqu’un frapper une cloche, le bâton, la cloche, la vibration de l’air, les oreilles se rassemblant toutes pour que cette sensation de son surgisse, nous aurons l’expérience Maha.
...
Cependant, depuis que l’enseignement de la coproduction conditionnée a été intégré dans la Présence non duelle, au fil des années cela est devenu plus « accessible », mais cela n’a jamais été compris comme un état de fond. Il semble y avoir une relation prévisible entre le fait de voir la production interdépendante et la vacuité, et l’expérience de la Présence non duelle.
Il y a une semaine, l’expérience claire de Maha s’est fait jour et est devenue assez sans effort ; en même temps, il y eut une réalisation directe qu’elle est aussi un état naturel. Dans Sunyata, Maha est naturel et doit être pleinement intégré au chemin de l’expérience de tout ce qui surgit. Néanmoins, Maha comme état de fond exige la maturation de l’expérience non duelle ; nous ne pouvons pas nous ressentir entièrement comme l’interconnexion de tout venant spontanément à l’être comme cet instant de manifestation vive avec un esprit divisé.
L’univers est cette pensée qui surgit.
L’univers est ce son qui surgit.
Rien que ce surgissement magnifique !
C’est le Tao.
Hommage à tout ce qui surgit.
Sur la perfection spontanée
Enfin, lorsque ces deux expériences s’interpénètrent, ce qui est réellement nécessaire est simplement d’expérimenter tout ce qui surgit ouvertement et sans réserve. Cela peut sembler simple, mais ne sous-estimez pas cette voie simple ; même des vies d’éons de pratiques ne peuvent toucher la profondeur de son caractère insondable.
En fait, dans toutes les sous-sections — « Sur la première strophe », « Sur la deuxième strophe », « Sur la vacuité » — il y a déjà un certain accent sur la voie naturelle. Concernant la voie naturelle, je dois dire que la Présence spontanée et le fait d’expérimenter tout ce qui surgit ouvertement, sans réserve et sans peur, ne constituent pas la « voie » d’une tradition ou d’une religion particulière — que ce soit le zen, Mahamudra, Dzogchen, l’Advaita, le taoïsme ou le bouddhisme. En fait, la voie naturelle est la « voie » du Tao, mais le taoïsme ne peut pas revendiquer un monopole sur la « voie » simplement parce qu’il a une histoire plus longue. Mon expérience est que tout pratiquant sincère, après avoir mûri les expériences non duelles, en viendra finalement à cela automatiquement et naturellement. C’est comme dans le sang : il n’y a pas d’autre voie que la voie naturelle.
Cela dit, la voie naturelle et spontanée est souvent mal représentée. Elle ne doit pas être comprise comme signifiant qu’il n’y a rien à faire ou que la pratique est inutile. Il s’agit plutôt de l’aperçu le plus profond d’un pratiquant : après des cycles et des cycles d’affinement de ses aperçus sur l’aspect d’anatta, de la vacuité et de la coproduction conditionnée, il réalise soudain qu’anatta est un sceau, et que la luminosité non duelle et la vacuité ont toujours été « le fondement » de toutes les expériences. La pratique passe alors du mode « concentratif » au mode « sans effort » ; et pour cela, il faut que les aperçus du non-duel et de la vacuité imprègnent complètement tout notre être, comme les « vues dualistes et inhérentes » ont envahi la conscience.
Dans tous les cas, il faut veiller à ne pas transformer notre nature vide et lumineuse en essence métaphysique. Je terminerai par un commentaire que j’ai écrit sur un autre blog, Luminous Emptiness, car il résume assez bien ce que j’ai écrit.
Le degré de « non-fabrication »
Est le degré auquel nous nous ouvrons sans réserve et sans peur à ce qui est.
Car tout ce qui surgit est esprit, toujours vu, entendu, goûté et expérimenté.
Ce qui n’est pas vu, pas entendu et pas expérimenté,
Est notre idée conceptuelle de ce qu’est l’esprit.
Chaque fois que nous objectivons la « brillance, la pureté immaculée » en une entité sans forme,
Elle devient un objet de saisie qui empêche de voir les « formes »,
la texture et la trame de la conscience.
La tendance à objectiver est subtile ;
nous lâchons la « soi-ité » mais saisissons sans le savoir la « maintenant-ité » et l’« ici-ité ».
Tout ce qui surgit ne fait que se produire en dépendance, sans besoin de qui, où ni quand.
Toutes les expériences sont égales, lumineuses et pourtant vides de nature propre.
Bien que vides, leur vive luminosité n’est nullement niée.
La libération consiste à expérimenter l’esprit tel qu’il est.
L’auto-libération est l’aperçu complet que cette libération est toujours et déjà ainsi ;
Spontanément présente, naturellement parfaite !
PS :
Nous ne devrions pas traiter l’aperçu de la vacuité comme « supérieur » à celui de la luminosité non duelle. Ce sont simplement des aperçus différents qui se font jour en raison de conditions différentes. Chez certains pratiquants, l’aperçu de notre nature vide vient avant la luminosité non duelle.
Pour une compréhension conceptuelle plus détaillée de la vacuité, veuillez lire l’article « Non-Dual Emptiness » de Dr. Greg Goode.
Mise à jour 2020 par Soh :
Voici quelques citations liées à cet article.
« Pour moi, la strophe d’anatta reste le meilleur déclencheur… lol. Elle nous permet de voir clairement qu’anatta est l’état naturel. Toujours ainsi, et sans effort. Elle montre “comment l’ignorance” aveugle et crée des conceptions erronées de séparation et de substantialité de ce que nous appelons “choses et phénomènes”.
Et réaliser que la vue pointe entièrement vers cette vérité d’anatta, du haut jusqu’en bas, vers la manière dont l’esprit confond et prend l’existence conventionnelle pour vraie et réelle. La coproduction conditionnée et la vacuité sont le radeau qui équilibre et neutralise toutes les conventionnalités fabriquées par le mental, afin que l’esprit puisse reposer dans l’aisance et l’équilibre naturels, voyant tout ce qui surgit comme spontanément parfait. »
- John Tan, 2019
« L’aperçu que “anatta” est un sceau et non une étape doit surgir pour progresser davantage vers le mode “sans effort”. Autrement dit, anatta est le fondement de toutes les expériences et l’a toujours été : pas de “je”. Dans le voir, toujours seulement le vu ; dans l’audition, toujours seulement le son ; et dans la pensée, toujours seulement les pensées. Aucun effort requis, et jamais il n’y eut de “je”. »
- John Tan, 2009
« Tu dois contempler correctement anatta comme mentionné dans https://www.awakeningtoreality.com/2021/07/anatta-is-dharma-seal-or-truth-that-is.html et https://www.awakeningtoreality.com/2022/08/bahiya-sutta-must-be-understood-from.html (voir anatta comme sceau du Dharma plutôt que seulement comme un état de no-mind) »
- Soh, 2020« Sans percée complète dans les deux strophes d’anatta 1 et 2, il n’y a pas de réalisation complète ou claire de l’anatta proprement dit dans la définition d’AtR. Bien que la seconde ait été plus claire pour moi lors de la percée initiale en octobre 2010, la première strophe est devenue plus claire peu après, dans les mois suivants, dissolvant davantage les fondements, y compris un ancrage très subtil à un Ici/Maintenant ainsi que toute référence subtile restante à l’Esprit (bien que cela ait déjà été largement dissous, une tendance très subtile non vue fut vue et dissoute plus tard). »
- Soh, 2020
Discussion sur sujet vs objet
TD Unmanifest
J’ai constaté dans ma pratique que la mise en vacuité du sujet est « plus facile » que celle de l’objet. Donc, dans le langage d’AtR, travailler sur la première strophe plutôt que sur la seconde.
La mise en vacuité des agrégats et des dhātus a beaucoup aidé à approfondir l’aperçu de la réalisation d’anatta. Travailler à déraciner les propensions karmiques dans le résidu de je, moi, mien.
Cependant, je suis curieux des pratiques qui ont aidé à la même sorte de pénétration de l’objet, en lien avec la deuxième strophe, la Présence, la coproduction conditionnée (DO) et la vacuité jusqu’au déploiement total (total exertion).
Soh Wei Yu
Les deux strophes d’anatta portent sur anatta, non sur la vacuité des agrégats.
TD Unmanifest
Ah, j’avais pris cette section liée à la deuxième strophe comme étant centrée sur les agrégats et les objets :
« Quand le “sujet” a disparu, l’expérience devient non duelle, mais nous avons oublié l’“objet”. Lorsque la vacuité de l’objet est approfondie, nous voyons le Dharmakaya. Voyez clairement que, dans le cas d’un “sujet” pénétré en premier, il s’agit d’une simple étiquette rassemblant les cinq agrégats ; mais pour le niveau suivant à nier, c’est la Présence dont nous voyons la vacuité : non pas une étiquette, mais la Présence même, qui est de nature non duelle. »
Cela a très bien progressé dans l’approfondissement d’anatta, mais je contemplais depuis la perspective des objets par rapport au sujet. Ainsi le self/Self reste introuvable, et il en a toujours déjà été ainsi. Les objets de la conscience peuvent sembler « réels », alors que le soi, clairement, ne l’est pas : seulement des agrégats, etc.
Soh Wei Yu
C’est un rappel d’appliquer l’aperçu du non-soi à tous les phénomènes.
Les deux strophes ciblent l’illusion du self/Self. Mais cela doit ensuite être appliqué à tous les phénomènes afin de réaliser la vacuité double. De même que l’aperçu qu’il n’y a pas de vent en dehors du fait de souffler (https://www.awakeningtoreality.com/2018/08/the-wind-is-blowing.html) doit ensuite être appliqué à tous les phénomènes, y compris le mouvement, etc.
En 2011 :
« Je dis que la première et la seconde strophe doivent aller main dans la main pour avoir un réel aperçu d’anatta, même au départ. Il faut avoir ces deux aspects d’aperçu dans anatta. Alors qu’est-ce qu’anatta ? Cela signifie que lorsque tu pénètres le non-agent, tu développes effectivement ton aperçu direct. Cela signifie ne rien réifier de plus. C’est un aperçu direct de l’ainsité. Ainsi, quand tu vois le “Self”, il n’y a rien d’autre que les agrégats. Quand tu vois le “temps qu’il fait”, il n’y a rien d’autre que les nuages changeants, la pluie… quand tu vois le “corps”, tu vois des sensations changeantes. Quand tu entends un son, tu vois la DO [coproduction conditionnée], puis tu vois comment la vacuité double est simplement un seul aperçu et pourquoi cela conduit à 一合相 (yi4 he2 xiang4 ; une totalité/composite unique d’apparence). S’il n’y a pas d’aperçu mais seulement attachement aux mots, alors tu manques l’essence. Autrement dit, obtenir l’aperçu des deux strophes ne consiste pas à penser seulement au “Self”. »
- John Tan, 2011
Conversation — 27 juillet 2020
John Tan : Pour moi, sujet-action-objet n’est qu’une structure qui aide à articuler le monde et à lui donner sens. Je ne le vois pas ainsi. Je le vois comme déploiement total des apparences-conditions, non comme apparence et conditions.
Soh Wei Yu : Tu fais référence à TD Unmanifest ?
John Tan : Oui. Si tu vois l’objet séparé du sujet ou si tu vois les phénomènes séparés de l’esprit, peu importe comment tu déconstruis, ce n’est que connaissance. Tu n’auras pas de goût direct de quoi que ce soit. Bien sûr, il n’y a aucun moyen de connaître toutes les conditions impliquées. C’est simplement pour dire que les apparences ne se manifestent pas tout simplement. Il y a aussi l’expérience de spaciosité lorsque tu traverses le processus de déconstruction du sujet et de l’objet… l’expérience ressemble à l’abandon du corps-esprit. Quand tu dis que la voiture est vide mais que tu es assis dedans… que veux-tu dire ? C’est comme « pas de vent en dehors du fait de souffler »… ou « pas d’éclair en dehors de la fulguration ». Ou le printemps s’en va, l’été arrive… Cela veut dire appliquer le même aperçu à tout. Pas seulement au soi… Même au mouvement. Ainsi ton esprit voit perpétuellement à travers les constructions ; alors que se passe-t-il ? Dis-moi quand tu dis que la voiture est vide et pourtant tu es assis dessus. Tu vois à travers la construction ; alors que s’est-il passé ? Quand tu vois à travers le vent qui souffle… que s’est-il passé ? Quand tu vois à travers l’été ou le temps qu’il fait ? Que s’est-il passé ? Ou si je dis pas d’éclair en dehors de la fulguration, quand tu vois vraiment à travers cette fulguration...
Soh Wei Yu : C’est juste la simple apparence… pas de réifications.
John Tan : Ne pense pas, expérimente-le… Tu es forcé dans la non-conceptualité. Comme l’expérience PCE… en fait, au début, tu es très attentif et vigilant… tu commences à sentir le fait de souffler… n’est-ce pas… Quand je dis pas d’éclair en dehors de la fulguration… tu regardes la fulguration. N’est-ce pas ? As-tu réellement pratiqué ou prêté attention, pas seulement lâché une phrase… Quand tu dis « pas d’été », tu expérimentes la chaleur, l’humidité… etc. Cela veut dire que tu vois à travers la construction mais tu ne peux pas simplement penser. Quand je dis qu’il n’y a pas de voiture, je touche la voiture… qu’est-ce que c’est… la couleur… le cuir, les roues… Si tu entres constamment et perpétuellement là-dedans… que se passe-t-il ? Tu parles de déconstruction de l’objet et des phénomènes, et moi je te dis : si tu vois à travers, que se passe-t-il… si tu ne fais que penser, tu ne comprendras pas…
Soh Wei Yu : Tout est simplement Présence spontanée vibrante, mais sans sujet ni objet. Comme si je ne voyais pas des objets solides, mais seulement des couleurs vibrantes et chatoyantes comme Présence vide et vive. Et sons, sensations, etc.
John Tan : Oui. Ensuite cela dépend de la profondeur de l’expérience des sensations ou des apparences elles-mêmes.
TD Unmanifest
C’est très utile, merci. Je viens de revenir d’une marche et j’ai utilisé ces indications pour sentir ce qui est pointé. J’étais trop concentré sur la déconstruction des objets plutôt que sur le fait de sentir/voir la vibrance directe. Merci beaucoup Soh, et transmets aussi mes remerciements à John Tan.
Kyle Dixon sur la vacuité
« Le svabhāva est comme l’entité centrale qui possède des caractéristiques. Comme un poteau téléphonique possède la caractéristique d’être haut, cylindrique, fait de bois, brun, et ainsi de suite. Percevoir le svabhāva, c’est percevoir le poteau téléphonique comme une entité, quelque chose qui possède ces caractéristiques.
Réaliser la vacuité est la reconnaissance expérientielle qu’il n’y a aucune entité qui possède ces caractéristiques ; il n’y a que les caractéristiques, et sans l’entité au centre, ces caractéristiques cessent d’être des caractéristiques. Il n’y a pas d’entité là, pas d’objet qui se tienne à distance ou dans un lieu.
La vacuité est bien la non-existence du svabhāva, mais ce n’est pas une non-existence réelle comme celle mentionnée en deuxième position du tétralemme catuskoti. C’est la réalisation qu’il n’y a jamais eu, à aucun moment, une entité dès le tout début.
Est-ce la non-existence ? D’une certaine manière, puisqu’aucune entité existante n’est à trouver, et que l’entité a toujours été une erreur. Mais comment quelque chose qui n’a jamais surgi dès le départ pourrait-il vraiment manquer d’existence ? C’est ainsi que la liberté des extrêmes est établie. »
- Kyle Dixon, 2022
Kyle Dixon a écrit :
« La voie du milieu est en réalité une liberté vis-à-vis des conceptions erronées de l’existence et de la non-existence. Tenir que les choses existent (qu’il s’agisse de phénomènes conditionnés ou inconditionnés) est l’éternalisme ; tenir que les choses n’existent pas (qu’elles soient conditionnées ou inconditionnées) est le nihilisme. L’annihilationnisme est la croyance que quelque chose d’existant devient non existant.
La manière d’éviter ces divers extrêmes est la vacuité, ce qui signifie : (i) absence d’existence inhérente, (ii) liberté des extrêmes, (iii) absence de production [non-production], (iv) coproduction conditionnée. Toutes ces définitions sont synonymes.
La coproduction conditionnée est la vue relative correcte qui conduit à la réalisation de la vue ultime, qui est la vacuité. Beaucoup de gens comprennent mal la vacuité comme une vue négative, mais elle est en fait la vue correcte de la voie du milieu qui évite les extrêmes de l’existence, de la non-existence, des deux et d’aucun des deux.
En somme, il n’y a vraiment aucun moyen de donner une explication “ELI5” sur ce sujet ; il faudra simplement poser des questions. C’est simple une fois compris, mais très, très peu de gens comprennent réellement la coproduction conditionnée.
Voici un ensemble de choses que j’ai écrites il y a quelque temps sur la coproduction conditionnée pour les besoins de la discussion :
la définition générale de la production indépendante, l’idée même que les choses seraient dotées de leur propre-être/essence [svabhāva], ou soi [ātman]. Pour qu’une chose soit produite indépendamment, elle devrait être inconditionnée, indépendante et sans cause, mais cela est considéré comme une impossibilité aux yeux du bouddhisme. La vue conventionnelle correcte pour la vacuité est celle de la coproduction conditionnée ; nous voyons donc que, pour avoir des objets, des personnes, des lieux, des choses, etc., ils doivent être pourvus de causes et de conditions. Cela signifie qu’ils ne peuvent pas être trouvés séparément de ces causes et conditions. Si les conditions sont retirées, l’objet ne demeure pas.
Les adeptes du passé ont dit que, puisqu’une chose ne se produit qu’en raison de causes, ne demeure qu’en raison de conditions, et cesse en l’absence de cause et de condition, comment cette chose pourrait-elle être dite exister ? Pour qu’un objet existe intrinsèquement, il devrait exister de plein droit, indépendamment des causes et conditions, indépendamment de ses attributs, caractéristiques et parties constituantes. Or nous ne pouvons pas trouver un objet inhérent indépendant de ces facteurs, et l’implication de ce fait est que nous ne pouvons pas non plus trouver un objet inhérent dans ces facteurs. L’objet “lui-même” est introuvable. Nous ne trouvons plutôt qu’un ensemble désigné de parties, qui ne créent en fait rien en dehors d’elles-mêmes ; et même alors, les parties sont également des désignations arbitraires, car s’il n’existe aucun objet intrinsèquement existant, il ne peut pas non plus y avoir de parties, caractéristiques ou attributs inhérents. Par conséquent, l’objet n’est qu’une désignation conventionnelle utile, et sa validité se mesure à son efficacité ; mais en dehors de ce titre conventionnel, aucun objet inhérent sous-jacent n’est à trouver.
La coproduction conditionnée pointe vers une forme d’interdépendance implicite : le fait qu’une “chose” prétendument conditionnée ne se produit que par implication à partir de la perception erronée d’autres choses conditionnées ; ainsi chaque “chose” est simultanément cause et effet de chaque autre, et de tout le reste. La coproduction conditionnée n’est pas un cas où nous aurions des choses réellement établies qui existent en dépendance d’autres choses réellement existantes ; par exemple, des objets réellement constitués de parties elles-mêmes faites de parties plus petites comme des atomes, etc. C’est bien sûr une manière d’envisager la coproduction conditionnée, mais ce serait considéré comme une vue très grossière, réaliste/essentialiste, qui promeut subtilement un sens de propre-être ou d’essence des choses. Ce que la coproduction conditionnée indique plutôt, c’est qu’aucun objet inhérent ne se trouve en dehors des caractéristiques conventionnelles variables que nous attribuons à cet objet (ni en elles). D’autre part, aucun objet inhérent ne se trouve non plus en relation avec ces caractéristiques, ni dans une relation avec elles. Chacun n’est valide que par contraste avec l’autre ; et en découvrant l’absence d’inhérence de l’un, la validité de l’autre est également compromise. Nos expériences ne sont que des constructions conventionnelles interdépendantes composées d’inférences sans fondement.
Ainsi, l’objet “lui-même”, en tant que “chose” centrale essentielle, est introuvable. Nous ne trouvons plutôt qu’un ensemble désigné de parties, qui ne créent en fait rien en dehors d’elles-mêmes ; et même alors les parties sont également des désignations arbitraires, car s’il n’y a pas d’objet intrinsèquement existant, il ne peut pas non plus y avoir de parties, caractéristiques ou attributs inhérents.
Par exemple, si une table était vraiment intrinsèquement existante, c’est-à-dire existait indépendamment, alors nous pourrions trouver cette table indépendamment de ses diverses caractéristiques. La table pourrait exister indépendamment du fait d’être observée, de sa couleur ou texture, de ses parties et composantes, de son nom désigné, de son environnement, etc. À l’inverse, si l’observation — ou la conscience par exemple — était vraiment existante, nous pourrions également la trouver séparément de la perception de la table, de l’environnement ambiant, etc. Il n’y a pas de nature essentielle, “centrale”, qu’une table “est” ou possède réellement ; et il en va de même pour la conscience et tout le reste.
Pour les êtres sensibles affligés par l’ignorance, l’imputation conceptuelle et le langage conventionnel sont pris à tort comme pointant vers de véritables personnes, lieux, choses, etc. Lorsque l’ignorance est défaite, il y a liberté d’utiliser le langage conventionnel ; toutefois cela ne crée pas de confusion parce que la sagesse connaît directement l’ignorance pour ce qu’elle est. Dans le bouddhisme, la conventionnalité est admise comme outil de communication ; nous pouvons donc être John Doe ou Mary Smith, et les arbres, rochers, voitures peuvent être des désignations. La conventionnalité est simplement un outil utile qui ne pointe vers rien en dehors d’elle-même. La vérité conventionnelle est relative… mots, concepts, idées, personnes, lieux, choses, etc., et elle est contrastée avec la vérité ultime, qui est la vacuité.
Tous les phénomènes apparents qui relèvent de la catégorie du “conditionné” — c’est-à-dire qui correspondent à un ou plusieurs des quatre extrêmes (existence, non-existence, les deux, ni l’un ni l’autre) — se produisent en dépendance. Nous savons qu’il en est ainsi parce qu’il n’existe aucun phénomène qui ne se produise pas en dépendance de causes et conditions.
« Tout ce qui est produit en dépendance
Est expliqué comme étant vacuité.
Cela, étant une désignation dépendante,
Est lui-même la voie du milieu.
Quelque chose qui n’est pas produit en dépendance,
Une telle chose n’existe pas.
Par conséquent, une chose non vide
N’existe pas. »
-- Nāgārjuna »
Soh a cité en réponse à la question de quelqu’un :
« Conformément à la vue médiane, Tson-kha-pa cite le Yuk-tisastika de Nagarjuna et le Yuktisastika-vrtti de Candrakirti.
Nagarjuna :
Ce qui se produit en dépendance n’est pas né ;
C’est ce que proclame le suprême connaisseur de la réalité 😊 Bouddha).
Candrakirti :
(L’opposant réaliste dit) : Si, comme vous le dites, toute chose qui se produit en dépendance n’est même pas née, alors pourquoi le Madhyamika dit-il qu’elle n’est pas née ? Mais si vous, Madhyamika, avez une raison de dire que cette chose n’est pas née, alors vous ne devriez pas dire qu’elle “se produit en dépendance”. Par conséquent, du fait de l’incohérence mutuelle, ce que vous avez dit n’est pas valide.)
(Le Madhyamika répond avec une interjection compatissante :)
Hélas ! Parce que vous êtes sans oreilles ni cœur, vous nous avez lancé un défi sévère ! Lorsque nous disons que tout ce qui se produit en dépendance, à la manière d’une image réfléchie, ne surgit pas en raison d’une existence par soi — à ce moment-là, où y a-t-il possibilité de nous contester ! » — extrait de Calming the Mind and Discerning the Real: Buddhist Meditation and the Middle View
Il n’y a que le son
Geovani Geo a écrit :
Nous entendons un son. Le conditionnement immédiat, profondément incorporé, dit : « audition ». Mais il y a là une erreur. Il n’y a que le son. Ultimement, pas d’auditeur ni d’audition. Il en va de même pour tous les autres sens. Un percevant ou connaissant inhérent, centralisé, étendu ou de dimension zéro, est une illusion.Thusness/John Tan :
Très bien.
Cela signifie que les deux strophes sont claires.
Dans l’audition, pas d’auditeur.
Dans l’audition, seulement le son. Pas d’audition.
Étiquettes : Anatta, Geovani Geo
John Tan a écrit en 2022 :
« .....
Le poids des pensées — Partie 1
Lorsque nous contemplons, ne laissons pas notre contemplation rester seulement un exercice de raisonnement mental. Par exemple :
Ce qui apparaît n’est ni “interne” ni “externe”. Car la notion d’“intériorité” dépend de la notion d’“extériorité” ; sans l’une ou l’autre, le sens de “ni l’un ni l’autre” ne peut surgir. Ces deux notions ne sont donc que conventionnelles ; elles se produisent en dépendance.
Ne laissons pas notre contemplation rester à ce niveau. Si nous faisons cela, au mieux la liberté restera simplement au niveau mental — seulement un état limpide, pur et propre. Ce n’est pas différent de pratiquer une attention immédiate et non élaborée, même si un aperçu de la manière dont les conceptualités prolifèrent dans l’esprit peut surgir.
Mais allons plus loin et relions cela directement à nos sensations, pensées, odeurs, couleurs, goûts, sons, puis demandons-nous :
“Que voulons-nous dire par : les pensées ne sont ni à l’intérieur ni à l’extérieur de notre tête ?”
Voir à travers cela sera beaucoup plus pénétrant. Cela apportera un profond sentiment d’illusionnalité et d’émerveillement mystique comme expérience vécue en temps réel.
.....
Le poids des pensées — Partie 2
Combien pèsent les pensées ?
Où sont leurs racines ?
Il n’est pas rare d’entendre dans les milieux spirituels des phrases comme “le ‘je’ n’est qu’une pensée” ou “la pensée est vide et spacieuse, elle n’a ni poids ni racine”.
Bien qu’il faille souligner l’absence de racine et la nature semblable à l’espace des “pensées”, il ne faut pas se laisser induire en erreur en pensant qu’on a vu à travers “quoi que ce soit”, et encore moins déraciné les notions conceptuelles profondément enracinées de “je/mien”, “corps/esprit”, “espace/temps”… etc.
Il faut donc mettre l’accent aussi sur l’autre face de la médaille. Les “pensées” sont étonnamment lourdes, comme un trou noir (taille d’un trou d’épingle, poids d’une étoile) ; les racines des notions conceptuelles qu’elles portent imprègnent tout notre être et sont partout.
Que les “racines” des pensées ne soient nulle part à trouver signifie aussi qu’elles peuvent être trouvées partout et en tout lieu, répandues à travers les trois temps et les dix directions — dans un contexte moderne, à travers différentes lignes temporelles du multivers. Autrement dit : “ceci surgit, cela surgit”.
.....
Dans anatta, nous voyons à travers le soi comme construction mentale, et l’on s’engage dans un voyage déconstructif pour se libérer de toutes les constructions mentales, du soi à tous les phénomènes et aux relations entre eux.
Cependant, lorsque nous voyons la coproduction conditionnée, rien n’est éliminé.
La conceptualisation demeure, les parties demeurent, la causalité demeure, le soi demeure, les autres demeurent… Tout demeure ; seule la vue erronée de “l’essence” est abandonnée.
Au lieu de les voir comme existant essentiellement, il est désormais compris qu’ils se produisent en dépendance, et que tout ce qui se produit en dépendance est libre des quatre paires d’extrêmes (alias les huit négations de Nagarjuna).
Sans compréhension de la coproduction conditionnée et de la vacuité, la perfection spontanée libre de toutes élaborations sera déformée. »
À voir aussi : https://www.awakeningtoreality.com/2013/04/daniel-post-on-anattaemptiness.html (note : deux aspects de la vacuité y sont exprimés. Pouvez-vous dire lesquels ?)
John Tan a également écrit : « Quand vous parlez de la vue sans agent et sans substrat, vous devez être clair sur ses implications logiques depuis une perspective non substantialiste, non depuis un prisme substantialiste.
Une insistance excessive sur les expériences, sans le soutien de cette base logique solide, est un obstacle majeur, surtout dans le monde moderne. Vous n’irez pas très loin dans votre ouverture.
Cela signifie que vous ne pouvez pas simplement prendre la vacuité ou la non-existence inhérente comme si c’était un axiome ; vous devez voir clairement que, si ce qui apparaît est de telle ou telle nature, alors cette position n’est pas tenable.
Examinez toutes vos expériences et toute votre logique jusqu’à comprendre non par foi, mais par une logique impeccable, et authentifiez-le par l’expérience réelle.
Alors l’esprit peut se libérer lui-même. »
Pour explorer davantage la vacuité après avoir lu cet article, je recommande fortement de lire et contempler tout le contenu de ces liens ainsi que les autres articles qui y sont reliés :
Compilation de conseils après anatta
Vidéos YouTube et audios de John Tan : Union de la coproduction conditionnée et de la vacuité
Mise à jour, 2024 par Soh : éviter les déséquilibres énergétiques
https://www.awakeningtoreality.com/2024/02/avoiding-energy-imbalances.html
Soh :
Message important pour tout le monde.
Les deux strophes d’anatta sont liées à ceci : https://www.awakeningtoreality.com/2021/06/pellucid-no-self-non-doership.html
Pourquoi les deux strophes importent
[20 h 40, 09/06/2021] John Tan : 1. Dzogchen possède une expression, « Présence spontanée » (“spontaneous presence”). Je n’en connais pas la signification exacte dans Dzogchen ; toutefois, cette expression est intimement liée aux deux expériences des deux strophes :
1. Absence d’agentivité = spontanéité
2. Simples apparences en tant que Présence
Soh :
Vous verrez que j’ai (Soh) écrit au sujet des deux aspects dans https://www.awakeningtoreality.com/2021/04/why-awakening-is-so-worth-it.html
Sans réalisation de la deuxième strophe d’anatta dans https://www.awakeningtoreality.com/2009/03/on-anatta-emptiness-and-spontaneous.html, cela n’est pas considéré comme une véritable réalisation d’anatman (non-soi) dans AtR. En lien : https://www.awakeningtoreality.com/2021/06/pellucid-no-self-non-doership.html, https://www.awakeningtoreality.com/2018/07/i-was-having-conversation-with-someone.html, https://www.awakeningtoreality.com/2019/02/the-transient-universe-has-heart.html, https://www.awakeningtoreality.com/2023/05/nice-advice-and-expression-of-anatta-in.html
J’ai aussi remarqué que 99 % du temps, les personnes qui disent avoir réalisé le non-soi n’ont fait que vivre l’aspect d’absence d’agentivité, et non la véritable réalisation non duelle d’anatman. Voir aussi : https://www.awakeningtoreality.com/2020/04/different-degress-of-no-self-non.html
D’après mes expériences de discussions avec des milliers de personnes, j’ai observé que les affirmations de reconnaissance de la non-dualité — où il n’y aurait pas de différenciation entre l’interne et l’externe, ou une absence de soi — n’indiquent pas nécessairement une véritable réalisation d’anatman ni une expérience ou un aperçu non duel authentique. Souvent, il se peut que la personne adopte simplement un jargon spécifique ou imite les autres, avec l’impression d’avoir atteint un niveau de compréhension similaire. En réalité toutefois, son expérience peut ne comprendre qu’un sentiment d’impersonnalité et d’absence d’agentivité, plutôt qu’une expérience ou un aperçu non duel authentique.
J’ai (Soh) un jour demandé à John Tan s’il pensait qu’un certain enseignant avait réalisé anatta, ce à quoi John répondit : « Il n’y a pas d’authentification de sa radiance, pas de reconnaissance des apparences comme sa radiance, et pas de pointage clair sur la manière dont les constructions conventionnelles (Soh : sont vues à travers et relâchées). Alors qu’est-ce qui t’a conduit à cette conclusion ? »
De plus, commentant les écrits d’un certain enseignant, John Tan a écrit :
« Lorsque nous disons « l’Esprit est la grande terre », la première étape est de comprendre et de goûter ce qu’est l’esprit avant d’aller plus loin.
Si l’enseignement n’enseigne pas et ne fait pas goûter ce qu’est l’esprit, alors ce ne sont que beaux discours et paroles grandioses.
Ensuite, il faut indiquer ce qu’est la « grande terre ». Où est cette « grande terre » ? Le sol, la terre, la fleur, l’air, les bâtiments ou le monde conventionnel ?
Puis parler de ce déploiement total dont ils parlent.
Puis l’intégration de l’esprit et du déploiement total, et c’est +A. »
Cependant, cela ne signifie pas que la deuxième strophe d’anatta soit plus importante que la première. En fait, après l’éveil de la deuxième strophe d’anatta — la radiance limpide comme toutes les apparences au-delà du paradigme sujet-action-objet — il est vital de pénétrer profondément la première strophe. Comme John Tan l’a dit, on ne devrait pas toujours mettre l’accent sur la Présence [post-anatta], mais plutôt sur la nature de cette radiance. De même, quand nous parlons aux gens d’anatta, ne parlons pas seulement de cette Présence lumineuse, mais aussi de l’absence d’agentivité.
Pour être clair, la radiance elle-même n’est pas le problème. Le problème est la subtile fabrication d’un soi, la contraction, la sur-focalisation ou la réification qui peuvent accompagner une relation immature à la radiance. Lorsque les deux strophes d’anatta mûrissent ensemble, la radiance est reconnue comme sans effort, se manifestant d’elle-même, et vide ; cela détend naturellement la tendance à se concentrer, à saisir ou à intensifier l’expérience.
Absence d’agentivité, absence d’effort et déploiement total
Tout se manifeste de soi-même sans faiseur ni agent, aussi naturellement que la respiration et les battements du cœur. En pénétrant complètement cela, soyez complètement spontané, sans effort, et relâché. La radiance naturelle est complètement sans effort : aucun effort requis. Laissez l’aperçu profond d’anatman et de la vacuité vous porter dans l’auto-libération et la perfection spontanée, et dissoudre la maladie de l’effort, de la sur-focalisation subtile ou de la saisie subtile de la radiance. Comme John Tan l’a aussi dit auparavant, il est important de ne pas trop mettre l’accent sur la radiance (de peur que cela ne cause les effets désagréables d’un déséquilibre énergétique), et cela doit être complété par la première strophe d’absence d’agentivité. Il a ajouté qu’après le non-duel, la pratique doit être détendue et ouverte, insubstantielle et libre : être naturel et ouvert, léger, détendu et sans effort, puis contempler l’absence d’effort. L’ouverture et la détente devraient développer un élan dans la pratique. De plus, comme l’a dit John Tan, nous devons comprendre la relation entre absence d’agentivité et déploiement total : permettre à la totalité des situations de se déployer d’elle-même. Vu d’un côté de la médaille, c’est l’« absence d’effort » complète de la radiance ; vu de l’autre côté, c’est le déploiement de la totalité des conditions.
Les vidéos de Satsang Nathan sont une bonne expression de l’aspect d’absence d’agentivité d’anatta. Voir : Vidéos de Satsang Nathan
John Tan a également averti auparavant : « Tu dois pénétrer très profondément la vacuité ou l’absence d’agent afin de prévenir les problèmes futurs. Cela signifie que tu dois vraiment dépasser le sens de soi ; autrement, la phase ultérieure de ta vie aura des problèmes. Tu dois pratiquer jusqu’à ce que le sens de soi comme conscience subjective soit suffisamment déconstruit, au moins jusqu’à un état sans agent. Sinon, tu ne peux pas progresser davantage. Si tu ne le fais pas, tu pourrais plus tard rencontrer des problèmes pires que ce que [quelqu’un qui a vécu de terribles déséquilibres énergétiques] a traversé. Te souviens-tu de ce que je t’ai dit au sujet de Richard de la communauté Actual Freedom ?
« Concentre-toi sur l’absence d’agentivité et la vacuité jusqu’à ce que tout ton corps-esprit développe un fort élan de relâchement automatique. Cela exige que tu renverses ta vue de “l’essence” afin que ton corps et ton esprit puissent libérer leur conditionnement. Si tu te concentres sur les expériences sans le soutien d’une clarté forte et stable sur la manière dont la vacuité libère, l’intensité de la Présence peut devenir si forte que tu ne pourras pas la gérer plus tard. »
Élan et pratique constante
Pour souligner : développer l’élan mentionné ci-dessus dans la pratique est crucial. Pour paraphraser John Tan : « Tu dois t’engager dans une pratique régulière et t’abstenir d’une sagesse prétentieuse jusqu’à ce qu’un certain élan se mette en place. Ce n’est qu’alors que tu peux espérer surmonter les défis associés aux problèmes de X. Je suis sincère dans mon conseil ; tu n’as pas encore fait l’expérience directe de ces problèmes, mais quand cela arrivera, tu comprendras l’importance de maîtriser cet art.
Si tu pratiques la méditation de manière constante, à la fois dans l’ouverture et dans ta vie quotidienne, un élan finira par se développer. Même lorsque des défis surgissent, si tu peux réussir à rester calme et permettre à cet élan de te guider, tu te découvriras capable de les surmonter.
Cela ressemble à l’art de lâcher prise, bien que ce soit assez difficile à articuler efficacement. Notre tendance naturelle penche vers l’attachement, peu importe à quel point nous essayons de nous convaincre du contraire. C’est pourquoi la pratique constante est essentielle.
Tu peux passer toute la journée à discuter du concept de liberté vis-à-vis de toutes les élaborations, de l’état naturel et des sons, et tu peux même avoir quelques aperçus. Cependant, lorsque tu es confronté à ces problèmes pour diverses raisons, tous tes attachements se présenteront au premier plan.
Les peurs concernant la mort, la santé et les anomalies personnelles surgiront. Ton esprit aura du mal à relâcher ces attachements. »
Relâcher l’effort et la sur-focalisation
John Tan a aussi dit auparavant à X : « Tu as un bon karma… détends-toi simplement et comprends que l’absence d’essence implique aussi l’absence d’effort ; ne te focalise pas, ne te concentre pas. Affine simplement la vue et la compréhension après l’aperçu d’anatta : les apparences sont ta propre radiance. »
John a aussi écrit à X, un de nos amis : « Cela peut être surmonté. J’avais autrefois de très intenses perturbations énergétiques de déséquilibre après I AM, dues à la sur-focalisation.
Actuellement, je pense qu’il vaut mieux laisser d’abord le corps et l’esprit se calmer par des distractions, déplacer l’attention… le corps et l’esprit à un niveau très subtil sont très sensibles ; la peur cachée fera vaciller tout ton équilibre.
Les médicaments aident, et je pense que tu devrais.
Nous devons être très prudents. Il y a une détente de l’esprit qui mène à plus d’alerte, et il y a la détente qui calme l’esprit dans la paix en surmontant les afflictions (par exemple la peur).
Lorsque nous sommes dans ce dernier état, alors nous pouvons nous reposer et répondre aux conditions en équilibre. »
John m’a aussi écrit auparavant : « Concentre-toi d’abord sur “l’absence d’effort”. Puis plus tard, à mesure que tu relâches, tu peux lâcher tes pensées et laisser ce qui arrive se produire comme pur événement… mais tu peux ensuite sentir que tu es incapable de te concentrer, et ce n’est pas grave… rappelle-toi lentement et doucement que les apparences sont ta propre radiance, puis que la radiance est par nature au-delà de l’effort… habitue-toi d’abord à cela.
Tout ce qui apparaît s’auto-libère par nature. »
Sur-focalisation sur la radiance et déséquilibre énergétique
Si l’aperçu et la pratique ne sont pas mûrs sous cet aspect et que la radiance devient forte, et que l’on se sur-focalise subtilement sur la radiance, on risque de rencontrer des déséquilibres énergétiques douloureux menant à une énergie coincée dans le chakra du front, de fortes tensions, des maux de tête, de l’insomnie (littéralement zéro sommeil la nuit, super-conscience toute la nuit que certains prennent à tort pour un accomplissement), des vagues d’énergie ressenties comme des crises de panique (je dis “ressenties comme” parce que c’était davantage une peur corporelle que mentale, une sensation corporelle très tendue et “nerveuse” traversant le corps), et des symptômes pires encore. J’ai eu de telles rencontres désagréables en 2019 pendant sept jours, comme détaillé dans https://www.awakeningtoreality.com/2019/03/the-magical-fairytale-like-wonderland.html. Cela mène à ce qu’on appelle la “maladie zen”, que les médecins ne pourront pas guérir, et j’ai consacré un chapitre entier à ce sujet dans le guide AtR original. J’ai eu la chance de ne pas redéclencher de tels épisodes grâce à un changement de pratique, mais j’ai vu d’autres personnes vivre quelque chose de similaire. C’est donc mon souhait sincère que les gens ne partent pas dans une mauvaise direction dans leur pratique. Prenez soin de vous et pratiquez bien.
Mise en garde Dzogchen et accompagnement qualifié
Peut-être, si vous vous intéressez au Dzogchen, recevez la transmission et les enseignements d’un enseignant Dzogchen, Acarya Malcolm Smith (qui a également souligné cet aspect crucial d’absence d’agentivité et d’absence d’effort des apparences comme radiance dans anatta, ainsi que l’intégration des deux strophes d’anatta — ce n’est pas dans ses écrits publics mais dans ses enseignements en ligne pour abonnés auxquels j’ai assisté), et procurez-vous le livre The Supreme Source, qui élucide clairement l’absence totale d’effort de la nature de la Présence totale, qui est spontanément parfaite et se manifeste d’elle-même. Mais ne faites surtout pas du Dzogchen de manière bricolée, en autodidacte, car cela serait extrêmement trompeur ; trouvez plutôt de bons enseignants (par exemple Acarya Malcolm) dans cette tradition. Vous pouvez regarder cette vidéo YouTube (fortement recommandée) comme introduction aux enseignements Dzogchen d’Acarya Malcolm, recommandée par Sim Pern Chong dans le groupe AtR : https://www.awakeningtoreality.com/2023/09/talk-on-buddhahood-in-this-life.html. De plus, certains écrits de Malcolm se trouvent ici : https://www.awakeningtoreality.com/2014/02/clarifications-on-dharmakaya-and-basis_16.html. Pour pratiquer ce livre, The Supreme Source, l’initiation, l’introduction directe et l’accompagnement d’un enseignant Dzogchen qualifié sont nécessaires ; et cela ne doit certainement pas être confondu avec paresser sans pratique ni avec le nihilisme du néo-Advaita. Exemple concret : https://dharmaconnectiongroup.blogspot.com/2015/08/ground-path-fruition_13.html
Voici une bonne vidéo partagée par John Tan :
Esprit, attention, énergie et corps
L’esprit, l’attention, l’énergie et la focalisation ne font qu’un.
Lorsque les pratiquants centrés sur la conscience pratiquent d’une manière focalisée, cela peut conduire à un déséquilibre énergétique où l’énergie reste coincée dans le chakra du front. C’est très courant chez les pratiquants centrés sur la conscience : soit des blocages du chakra frontal, soit parfois des blocages du chakra du cœur.
Cependant, l’aperçu d’anatman en lui-même est très sûr ; en fait, dans l’actualisation complète d’anatman, il ne peut pas y avoir de déséquilibres énergétiques. Les déséquilibres énergétiques sont tous liés à la fabrication subtile d’un soi. C’est pourquoi la maturation et l’actualisation complètes des deux strophes d’anatta (sans pencher vers la seconde) résoudront le déséquilibre énergétique.
Votre pratique devrait donc amener votre esprit au Dantien et l’y établir. L’énergie devrait circuler et ne pas rester coincée dans la tête. Une approche somatique aide à surmonter les déséquilibres énergétiques.
Voir la respiration du vase :
Extrait de [lien retiré]
[11 h 46, 05/09/2020] John Tan : J’aime ses descriptions, assez bonnes, mais elles peuvent provoquer des déséquilibres énergétiques. Le mieux est de pratiquer des exercices de respiration et d’apprendre à réguler l’énergie dans le calme...
Respiration du vase
Commentaires de Soh :
Une bonne manière de réguler l’énergie par un exercice respiratoire est de pratiquer la respiration du vase. Voici un extrait d’Open Mind, Open Heart de Tsoknyi Rinpoche :
« Respiration du vase
L’une des méthodes qui ont aidé cette femme et d’innombrables autres personnes à faire face aux émotions est une pratique qui nous aide à ramener le lung à son centre, ou “chez lui”. Pour cela, nous utilisons une technique respiratoire spéciale comme outil, parce que le souffle est le corrélat physique de l’énergie subtile du vent appelée lung.
Cette technique s’appelle la respiration du vase, et elle implique de respirer encore plus profondément que le type de respiration diaphragmatique profonde souvent enseigné dans de nombreux cours de yoga et autres, que beaucoup connaissent peut-être.
La technique elle-même est assez simple. D’abord, expirez lentement et complètement, en contractant les muscles abdominaux aussi près que possible de la colonne vertébrale. En inspirant lentement, imaginez que vous tirez votre souffle vers une zone située environ quatre largeurs de doigt sous votre nombril, juste au-dessus de l’os pubien. Cette zone a une forme un peu semblable à un vase, d’où le nom de respiration du vase. Bien sûr, vous ne tirez pas réellement votre souffle vers cette région, mais en y tournant votre attention, vous constaterez que vous inspirez un peu plus profondément que d’habitude et que vous ressentez un peu plus d’expansion dans la région du vase.
À mesure que vous continuez à faire entrer le souffle et à abaisser votre attention, votre lung commencera graduellement à s’y rendre et à s’y reposer. Retenez votre souffle dans la région du vase seulement quelques secondes — n’attendez pas que le besoin d’expirer devienne urgent — puis expirez de nouveau lentement.
Respirez simplement de cette façon lentement trois ou quatre fois, en expirant complètement et en inspirant vers la zone du vase. Après la troisième ou quatrième inspiration, essayez de retenir un petit peu de souffle — peut-être 10 % — dans la zone du vase à la fin de l’expiration, en vous concentrant très légèrement et doucement sur le maintien d’un peu de lung dans son lieu de repos.
Essayez maintenant.
Expirez complètement puis respirez lentement et doucement vers la zone du vase trois ou quatre fois ; à la dernière expiration, gardez un peu de souffle dans la zone du vase. Continuez ainsi pendant environ dix minutes.
Qu’avez-vous ressenti ?
Peut-être était-ce un peu inconfortable. Certaines personnes ont dit qu’il est difficile de diriger leur souffle de cette manière. D’autres ont dit que cela leur avait donné un sentiment de calme et de centrage qu’elles n’avaient jamais ressenti auparavant.
La respiration du vase, pratiquée dix ou même vingt minutes chaque jour, peut devenir un moyen direct de développer la conscience de nos sentiments et d’apprendre à travailler avec eux même pendant nos activités quotidiennes. Lorsque notre lung est centré dans son lieu de repos, notre corps, nos sentiments et nos pensées trouvent progressivement un équilibre sain. Le cheval et le cavalier travaillent ensemble d’une manière souple et aisée, sans que l’un tente de saisir le contrôle ou de rendre l’autre fou. Dans ce processus, nous découvrons que les schémas subtils du corps associés à la peur, la douleur, l’anxiété, la colère, l’agitation, etc., se relâchent progressivement, et qu’il y a un peu d’espace entre l’esprit et les sentiments.
En fin de compte, le but est de pouvoir maintenir ce petit peu de souffle dans la zone du vase tout au long de la journée, pendant toutes nos activités : marcher, parler, manger, boire, conduire. Pour certaines personnes, cette capacité devient automatique après seulement peu de temps de pratique. Pour d’autres, cela peut demander un peu plus de temps.
Je dois admettre que, même après des années de pratique, il m’arrive encore parfois de perdre ma connexion à ma base d’ancrage, surtout lorsque je rencontre des personnes très agitées. Je suis moi-même quelqu’un d’assez agité, et rencontrer d’autres personnes agitées agit comme une sorte de stimulus subtil du corps. Je me fais prendre dans leur énergie agitée et déplacée, et par conséquent je deviens un peu agité, nerveux, et parfois même anxieux. Alors je prends ce que j’appelle un souffle de rappel : expirer complètement, respirer vers la zone du vase, puis expirer de nouveau en laissant un peu de souffle dans le lieu de repos du lung. »
Notes supplémentaires de John Tan
John Tan a aussi dit :
« Les déséquilibres énergétiques sont très liés à ce que nous appelons conventionnellement “physique”. Les énergies dans la spiritualité sont les aspects “physiques” dans notre usage conventionnel moderne ; ce n’est qu’une différence de jargon. Donc faites des exercices et apprenez l’art de l’ouverture et de l’absence d’effort ; ouvrez votre corps, soyez pragmatique et sincère.
Les exercices de respiration du vase sont tous bons, mais ils exigent discipline, constance et persévérance, pas un 三分钟热度 (trois minutes d’enthousiasme). Pratiqués avec diligence, sans mentalité magique ou féerique, ils auront sûrement des bienfaits. »
Conversation — 29 juin 2020
John Tan : M. Z est très expérientiel ; pas besoin d’être trop théorique au sujet de la vacuité et de la non-production des phénomènes pour l’instant.
Il s’agit plutôt de lui permettre de déplacer l’énergie et la radiance dans son corps… tout le corps… bien que l’arrière-plan ait disparu, tu peux penser que les six sens sont d’égale radiance, mais c’est très loin de la vérité en temps réel et cela cause tous les déséquilibres énergétiques.
Détends-toi dans l’état naturel et sens la radiance énergétique sur tout le corps. Pas par la pensée. Touche quelque chose, touche les orteils, les jambes, sens-les. C’est ton esprit… lol… peux-tu comprendre cela ?
La montagne est esprit, les herbes sont esprit, tout est esprit. Cela passe par la vision et le mental ; sens le corps, les orteils, les doigts, touche-les. Ils sont esprit. Comprends-tu cela en temps réel ?
Quant au sommeil, ne t’inquiète pas trop ; il arrivera. Utilise moins de pensées ; laisse tout le corps être un sens du toucher, non par la pensée, mais sens-le et touche-le. Ne pense donc pas que lorsque surgit l’aperçu de “tout est esprit” et d’anatta, cela signifie que tu es déjà entré dans “tout est esprit”. Si tu ne peux pas embrasser et sentir tout comme esprit, comment élimineras-tu le dénominateur commun appelé esprit pour entrer dans no-mind, qui est l’état naturel d’anatta ?
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Note sur les déséquilibres énergétiques sérieux
Les déséquilibres énergétiques sérieux liés à la dépression, à l’anxiété et aux traumatismes devraient être traités avec l’aide experte de psychiatres et de psychologues, éventuellement avec un soutien médicamenteux. La médecine moderne peut être une partie vitale et importante de la guérison et ne devrait jamais être minimisée. Si vous présentez des symptômes qui peuvent y être liés, vous devriez consulter des professionnels.
Dans le cas de Soh, les sept jours de déséquilibres énergétiques en 2019 n’étaient pas liés à des problèmes mentaux, car il n’y avait ni dépression, ni humeur triste, ni anxiété mentale (hormis des sensations corporelles de tension), et ce n’était pas non plus lié à des traumatismes ; c’était plutôt dû à une intensité extrême de luminosité — une intensité qui persiste toute la journée et jusque dans le sommeil, ainsi qu’un schéma énergétique de sur-focalisation et de tension difficile à dissoudre. Cela dit, si vous n’êtes pas sûr, il vaut mieux vous faire examiner. De plus, vous pouvez aussi consulter les livres de Judith Blackstone, qui approfondissent la libération du trauma et la relient à la pratique non duelle (bien que ce ne soit pas exactement fondé sur la pratique d’anatta, cela vaut néanmoins la peine d’être lu). Voir : https://www.awakeningtoreality.com/2024/06/good-book-on-healing-trauma-and-nondual.html
John Tan a aussi dit : « Il y a une grande différence entre les dépressions causées par le travail, l’apparence physique, ou le manque de soutien familial… etc., et les problèmes par exemple liés à “I AM”. Toutes les anxiétés liées à l’apparence physique, à la charge de travail, aux études, etc., se relâcheront graduellement si les problèmes respectifs sont résolus. Mais il y a des problèmes qui sont comme “I AM”, c’est votre première pensée immédiate, si proche et si immédiate qu’il n’est pas facile de s’en “débarrasser”. »
« Certains (déséquilibres énergétiques) peuvent aussi être liés à l’ouverture de certaines portes énergétiques alors que le corps n’est pas prêt. »
Conversation — 06 juin 2024
John Tan a dit : « Oui, ne laisse pas les accomplissements conventionnels entraver la pratique ; et oui, anatta n’est que le commencement. Une fois que nous reconnaissons les apparences comme notre radiance, nous devons épuiser à la fois l’esprit et les phénomènes. Bien que je ne sois pas pratiquant Dzogchen ou Mahamudra, je peux comprendre et pressentir l’état naturel de l’actualisation complète d’anatta comme assez similaire à une sorte de résultat de type corps d’arc-en-ciel. »
Soh Wei Yu a dit : « Je vois… »
John Tan a dit : « En fait, après un certain degré d’épuisement des réifications de l’esprit, nous sommes moins attachés au conventionnel et très attirés vers l’épuisement de tout notre corps-esprit dans la radiance de lumières. Je ne sais pas pour les autres, mais cela m’arrive. Est-ce que cela t’arrive ? »
Soh Wei Yu a dit : « Oui, je pense. »
John Tan a dit : « À cette phase, l’absence d’effort, la non-action et la non-résistance sont essentielles, car chaque fois que l’esprit réagit ou se focalise, l’énergie s’intensifie et mène très souvent à des déséquilibres énergétiques. »
John Tan a écrit à un membre d’un forum en 2009 :
« Au départ, il est presque impossible de ne pas se sentir dualiste. Un observateur observant l’observé est notre expérience ordinaire, et cela semblera être un fait expérientiel. Par conséquent, nous ne devrions pas nous précipiter dans quoi que ce soit, mais simplement reconnaître la “cause”. La cause qui nous fait voir de cette manière est appelée “ignorance”. Essayez de comprendre “l’ignorance” non pas comme le fait de ne pas savoir, mais comme une forme de savoir. Voyez-la comme une forme très profonde de “savoir dualiste” que nous avons prise pour la vérité. Nous entreprenons ensuite de surmonter cette vue erronée en deux étapes : d’abord, en établissant fortement et fermement la vue juste pour remplacer notre “vue dualiste et inhérente” existante ; deuxièmement, en pratiquant le voir dans une attention dépouillée afin d’affaiblir l’emprise des vues. Pratiquez l’attention dépouillée dans les sensations corporelles jusqu’à ce qu’il y ait une sensation de miroir très forte et claire dans la sensation corporelle. Alors, avec la vue juste, le non-duel se fera jour. Sans la vue juste, cela se transformera très probablement en une expérience de miroir qui reflète les phénomènes.
Les pratiques peuvent prendre des décennies et sont souvent assez frustrantes et difficiles en cours de route. Mais ayez foi, soyez patient et ayez confiance ; tous les efforts se révéleront finalement valables.
Un simple résumé que j’utilise pour aider ma pratique :Lorsqu’il y a simplement un pur sens d’existence ;
Lorsque la conscience apparaît comme un miroir ;
Lorsque les sensations deviennent immaculées, claires et brillantes ;
C’est la Luminosité.Lorsque tout ce qui surgit apparaît déconnecté ;
Lorsque les apparences jaillissent sans centre ;
Lorsque les phénomènes semblent être d’eux-mêmes sans contrôleur ;
C’est l’absence d’agentivité (No Doer-ship).Lorsque la division sujet/objet est vue comme une illusion ;
Lorsque la clarté montre que personne n’est derrière les pensées ;
Lorsqu’il n’y a que paysages, sons, pensées, et ainsi de suite ;
C’est Anatta.Lorsque les phénomènes apparaissent d’une clarté cristalline immaculée ;
Lorsqu’il y a simplement une unique expérience sans discontinuité ;
Lorsque tout est vu comme Présence ;
C’est la Présence non duelle.Lorsque nous sentons pleinement l’introuvabilité et l’impossibilité de localisation des phénomènes ;
Lorsque toutes les expériences sont vues comme insaisissables ;
Lorsque toutes les limites mentales de dedans/dehors, là/ici, maintenant/alors se dissolvent ;
C’est la Vacuité.Lorsque l’interconnexion de tout est entièrement sentie ;
Lorsque ce qui surgit apparaît vaste, sans effort et merveilleux ;
Lorsque la Présence est ressentie comme universelle ;
C’est Maha.Lorsque ce qui surgit n’est pas enfermé dans qui, où et quand ;
Lorsque tous les phénomènes apparaissent spontanés et sans effort ;
Lorsque tout apparaît juste partout et toujours ;
C’est la Perfection spontanée.Voir cela comme le fondement de toutes les expériences ;
Toujours et déjà ainsi ;
C’est la Sagesse.Expérimenter le fondement dans tout ce qui surgit ;
C’est la Pratique.Bon voyage. »
John Tan a écrit en 2017 :
« Maintenant, au cours de centaines [ou de milliers] d’années, il existe une abondante littérature sur ceci et cela… ce qui importe, c’est simplement l’essence… C’est-à-dire que si vous entrez dans l’enseignement de la vacuité et de la coproduction conditionnée, concentrez-vous seulement sur l’essence… traitez-le comme un kōan… il n’y a pas de kōan zen comparable à Madhyamaka qui puisse nous permettre de pénétrer si profondément. Il n’y a pas de kōan comparable au déploiement total (total exertion) de Dōgen qui puisse transmettre l’expérience de cette immensité où l’on est “connecté” d’une manière si magique…
Pour moi, ces quatre indications suffisent : indication directe vers la conscience, vers anatta, vers le déploiement total et vers la vacuité. Le reste consiste à approfondir vos aperçus et réalisations par les rencontres et les pratiques assidues. »
